Charango musical instrument : histoire, facture et jeu des Andes
Le charango est un instrument à cordes pincées originaire des hauts plateaux de Bolivie et du Pérou.
- Sa caisse est taillée dans la carapace d’un petit tatou (kirkincho).
- Il est inspiré des guitares espagnoles du XVIᵉ siècle.
- Les premiers exemplaires documentés proviennent des mines de Potosí au XVIIIᵉ siècle.
- Sa sonorité cristalline accompagne le huayño, le bailecito ou la cueca.
- La hauteur typique de sa caisse est de 100 mm pour 63 cm de longueur totale.
Description générale et origine du charango
Définition et rôle culturel
Le charango est un instrument à cordes pincées originaire des hauts plateaux de Bolivie et du Pérou. Il est souvent décrit comme l’instrument andin le plus célèbre, occupant une place centrale dans la musique folklorique des régions andines. Sa sonorité cristalline et vive accompagne les rythmes traditionnels comme le huayño, le bailecito ou la cueca. Contrairement à une guitare classique, sa table d’harmonie est remarquable : elle est taillée dans la carapace d’un petit tatou, appelé kirkincho en quechua. Cette particularité lui confère un timbre sec et percutant, immédiatement reconnaissable. Le charango n’est pas un simple objet décoratif : il est le compagnon des fêtes, des cérémonies et des veillées, transmis de génération en génération.
Origine historique (XVIᵉ – XVIIIᵉ siècle)
- Inspiré des guitares espagnoles : les colons apportent leurs instruments à cordes au XVIᵉ siècle, notamment de petites guitares à 4 cordes.
- Apparition à Potosí au XVIIIᵉ siècle : les premiers spécimens documentés proviennent des mines de Potosí, en Bolivie, où les travailleurs indiens réinventent le luth européen avec les matériaux disponibles.
- Carapace de tatou (kirkincho) pour caisse : faute de bois de qualité dans l’Altiplano, les luthiers utilisent la carapace du petit tatou à neuf bandes, qui sert de caisse de résonance.
- Hauts plateaux de Bolivie et Pérou : la région d’origine couvre l’actuel territoire de l’Altiplano bolivien et du sud du Pérou, autour du lac Titicaca.
- Instrument andin le plus célèbre : malgré sa rareté historique un charango demeurait difficile à trouver même à Lima il y a 50 ans il est aujourd’hui l’ambassadeur de la musique andine dans le monde.
Facture et lutherie du charango

| Élément | Détails techniques | Valeurs typiques |
|---|---|---|
| Matériau de caisse | Carapace de kirkincho (petit tatou) pour le dos ; bois de cèdre ou pin pour la table d’harmonie | Carapace naturelle ou rhodoïd synthétique |
| Dimensions | Forme proche de la guitare ; caisse plus étroite et bombée | Hauteur : 100 mm ; longueur totale : 63 cm (charango bolivien) |
| Manche et touche | Manche en bois dur (acajou ou palissandre) ; 12 à 15 frettes en métal | Touche sans marquage de case |
| Encordage | 5 chœurs doubles (10 cordes au total) ; possibilité de 14 paires sur variantes rares | Fils de pêche de 0,50 mm ou fils plastique de 0,50 à 1 mm |
| Finition | Vernis mat ou brillant ; incrustations de nacre ou d’os sur les instruments de qualité | Rosace autour de la bouche, souvent en bois contrasté |
La lutherie du charango repose sur des techniques adaptées aux ressources locales. Le dos en carapace de kirkincho donne à l’instrument sa signature sonore : un timbre sec et brillant, idéal pour les rythmes d’huayño et de bailecito. Depuis le milieu du XXe siècle, les facteurs utilisent aussi du rhodoïd un plastique thermoformé pour fabriquer des caisses légères et résistantes, notamment dans les zones où le tatou devient rare.
L’encordage non systématisé en Bolivie explique la variété des matériaux employés : du fil de guitare classique au simple fil à pêche de 0,50 mm. Les cordes plastiques (0,50 à 1 mm de diamètre) offrent un jeu plus doux pour les débutants. La tension des 10 cordes organisées en 5 chœurs doubles exige un chevalet solide, souvent en os ou en bois dur, pour éviter tout désaccordage pendant les performances.
Les dimensions restent réduites par rapport à une guitare : une hauteur de 100 mm et une longueur totale de 63 cm pour le modèle bolivien. Cette petite taille permet au musicien de voyager facilement avec l’instrument. Les luthiers ajustent parfois la largeur du manche pour faciliter les barrés et les ornements typiques de la musique andine. Certains charangos de facture artisanale intègrent des incrustations de nacre sur la rosace, rappelant l’influence des guitares espagnoles du XVIe siècle.
Jeu et technique du charango
- Musique folklorique andine : le charango en est le pilier mélodique et rythmique, accompagnant fêtes, cérémonies et veillées.
- Rythmes : huayno, bailecito, cuecas le répertoire alterne passages vifs et mélancoliques, exploitant les 5 chœurs de cordes doubles pour donner un son à la fois percutant et nasillard.
- Huayño : rythme le plus populaire de l’Altiplano bolivien ; il structure la plupart des morceaux traditionnels, avec un tempo binaire et des accords marqués sur les temps faibles.
- Joué avec siku (flûte andine) : en formation, le charango assure l’accompagnement harmonique pendant que la flûte porte la mélodie, créant une texture sonore typique des hauts plateaux.
- Carnavalitos, yaravíes, san juanitos complètent le spectre : les carnavalitos sont rapides et festifs, les yaravíes lents et plaintifs, les san juanitos marqués par des syncopes.
Encordage et accordage du charango
L’encordage du charango n’est pas standardisé, surtout en Bolivie. Les luthiers utilisent souvent du fil à pêche d’un diamètre de 0,50 mm à 1 mm pour remplacer les cordes en nylon. Cette pratique artisanale donne à l’instrument un timbre très distinctif et métallique.
L’instrument possède traditionnellement 5 chœurs de cordes doubles, soit un total de 10 cordes. Certains charangos expérimentaux peuvent compter jusqu’à 14 paires de cordes. L’accordage varie selon les régions, mais il repose généralement sur des quintes et des quartes, favorisant les mélodies rapides de la musique andine.
Pour l’entretien, les musiciens remplacent régulièrement les cordes en plastique par des modèles en nylon pour guitare classique. Cet encordage non standardisé fait partie de l’identité même du charango, où chaque instrument possède sa propre personnalité sonore. Le choix du matériau influence directement la projection et la résonance de l’instrument.
Variantes du charango et instruments connexes
| Instrument | Cordes | Origine | Particularité |
|---|---|---|---|
| Charango | 5 chœurs doubles (10 cordes) | Andes (Bolivie, Pérou) | Caisse en carapace de tatou |
| Cuatro vénézuélien | 4 cordes simples (nylon) | Venezuela | Accordage en quarts |
| Cuatro portoricain | 5 chœurs doubles (10 cordes) | Porto Rico | Proche du charango en disposition |
| Cavaquinho | 4 cordes pincées | Portugal | Ancêtre du ukulélé |
| Ukulélé | 4 cordes (nylon) | Hawaï (dérivé du cavaquinho) | Petit format populaire |
Autres variantes andines
Au-delà du modèle classique à 10 cordes, il existe des déclinaisons comme le charangón (plus grave) ou le walaycho, aux sonorités plus aiguës. Certains facteurs conçoivent même des instruments avec 14 paires de cordes, offrant une richesse harmonique exceptionnelle. La variante appelée tulipán du cuatro portoricain se distingue avec 8 ou 10 cordes, tandis que le cuatro antiguo se limitait à 4 cordes simples.
Comparaison avec la famille des petits cordophones
Le cavaquinho portugais, avec ses 4 cordes, a voyagé jusqu’à Hawaï pour donner naissance au ukulélé. Ce dernier mesure souvent environ 100 mm de hauteur de caisse, une dimension comparable à celle du charango. À la différence du charango, ces instruments utilisent exclusivement des cordes en nylon et non des fils à pêche de 0,50 à 1 mm de diamètre. Le cuatro vénézuélien, avec ses 4 cordes, reste le plus simple de la famille, tandis que le charango conserve la configuration la plus complexe avec ses 5 chœurs de cordes doubles.
FAQ sur le charango
Qu’est-ce que le charango ?
Le charango est un petit instrument à cordes pincées originaire de la région andine d’Amérique du Sud, traditionnellement fabriqué avec une carapace de tatou.
Quelle est la petite guitare typique de Colombie ?
La petite guitare typique de Colombie est le tiple, un instrument à douze cordes regroupées en quatre chœurs.
D’où vient le cavaquinho ?
Le cavaquinho est un instrument à cordes d’origine portugaise, ancêtre du ukulélé et joué dans la musique traditionnelle brésilienne et portugaise.
Quel instrument est associé au flamenco ?
L’instrument associé au flamenco est la guitare flamenca, une variante de la guitare classique conçue pour un jeu percussif et expressif.
