Genesis : Peter Gabriel, Phil Collins et la transition vocale qui a changé le groupe

En 1975, Genesis remplace Peter Gabriel par son batteur Phil Collins, déjà dans le groupe depuis 1970.

  • Départ annoncé après la Lamb Tour et The Lamb Lies Down on Broadway.
  • 400 chanteurs auditionnés, aucun ne convainc réellement le groupe.
  • Collins connaît le répertoire depuis 1970 et chante sur Dancing with the Moonlit Knight.
  • Bill Bruford, ex-Yes et King Crimson, engagé comme batteur live.
  • Sa voix plus claire et plus directe que celle de Gabriel convainc le groupe.

Départ de Peter Gabriel : contexte et rupture

Le contexte de la rupture en 1975

L’annonce tombe après la tournée Lamb Tour, qui a suivi la sortie de The Lamb Lies Down on Broadway. Le double album conceptuel, paru un an plus tôt, avait déjà révélé un groupe au bord de la rupture artistique. Chacun sentait que quelque chose s’était cassé. Peter Gabriel, devenu le visage et la voix d’un groupe de rock progressif parmi les plus ambitieux de sa génération, annonce son départ. Genesis perd son chanteur historique, son showman et son principal narrateur scénique.

Cette décision ne surgit pas de nulle part. Elle mûrit pendant des mois, portée par une fatigue créative et une frustration grandissante. Le label Charisma Records, qui accompagne le groupe depuis ses débuts, doit alors gérer une situation délicate : comment continuer sans celui qui incarnait le groupe sur scène ?

Les tensions médiatiques et la sensation d’isolement

Plusieurs facteurs nourrissent cette rupture. Le groupe fonctionne comme une entité collective, mais la presse et le public finissent par ne voir que Gabriel. Cette attention déséquilibrée crée un malaise profond, autant chez lui que chez ses partenaires. Le chanteur avoue se sentir à part, comme si son rôle écrasait celui des autres musiciens.

  • Gabriel jugé écrasant : la presse le présente comme l’âme unique du groupe
  • Sentiment d’être à part : il se sent isolé au sein même de sa formation
  • Label Charisma Records : le groupe doit désormais gérer cette absence

Ce départ laisse Genesis dans une position fragile. Beaucoup prédisent une dissolution rapide. Pourtant, quelques mois plus tard, le groupe décide de continuer. Un batteur devenu chanteur va prendre la relève, et cette transition inattendue marquera l’un des tournants les plus fascinants de l’histoire du rock progressif.

Phil Collins devient chanteur principal

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Après le départ de Peter Gabriel, Genesis se retrouve face à un vide immense. Le groupe refuse pourtant de disparaître et lance une vaste recherche pour trouver une nouvelle voix. Les critères sont simples : il faut quelqu’un capable de porter le répertoire déjà existant tout en insufflant une énergie nouvelle.

  • 400 chanteurs auditionnés pour remplacer Gabriel, sans qu’aucun ne convainque vraiment
  • Collins batteur depuis 1970, il connaît le groupe et son répertoire sur le bout des doigts
  • Bill Bruford engagé comme batteur live, l’ancien de Yes et King Crimson libère Collins du kit

L’idée vient finalement de l’intérieur : Phil Collins connaît chaque morceau, chaque respiration du groupe depuis son arrivée en 1970. Lors des répétitions, il s’essaie au chant sur des titres comme Dancing with the Moonlit Knight. Sa voix, plus claire et plus directe que celle de Gabriel, convainc progressivement l’équipe.

Le choix de Bill Bruford derrière les fûts n’a rien d’anecdotique. Ce batteur de renom, passé par Yes et King Crimson, apporte une assise rythmique différente. Collins peut alors se concentrer uniquement sur le chant lors des concerts, une configuration inédite pour lui qui avait toujours assuré les deux rôles simultanément.

Cette transition ne s’est pas faite en un jour. Il faut du temps pour que le groupe accepte que son batteur devienne son chanteur. Les 400 auditions témoignent de la difficulté à trouver une solution externe. Finalement, la réponse se trouvait déjà dans la salle de répétition.

A Trick of the Tail : premier album sans Gabriel

Sorti le 2 février 1976, A Trick of the Tail est le premier album de Genesis enregistré sans Peter Gabriel. Le groupe, encore sous contrat chez Charisma Records, entame sa composition après juillet 1975, dans un contexte où les médias prédisent ouvertement sa dissolution.

Mais Genesis veut prouver le contraire. Phil Collins, batteur historique depuis 1970, assure désormais le chant principal. Le groupe assume pleinement le risque : Bill Bruford, ex-Yes et King Crimson, est engagé pour tenir la batterie sur scène, car Collins choisit de ne plus jouer de batterie en concert.

L’album marque un tournant commercial et artistique. Il ouvre une série de 10 albums publiés entre 1976 et 1991, avec Collins au chant. Ce disque pose la base d’une nouvelle ère Genesis, sans renier l’héritage progressif de l’époque Gabriel.

Arrivée de Collins et Hackett (1970-1971)

Genesis cherche un nouveau batteur après le départ de John Mayhew. Le groupe publie une annonce dans le magazine Melody Maker. Phil Collins, qui joue alors dans Flaming Youth, connaît un certain Stratton Smith et se présente à l’audition. Il obtient le poste et rejoint la formation.

Fin 1970, le guitariste Steve Hackett est recruté à son tour. Sa technique et son jeu mélodique complètent le son du groupe. La formation « classique » à cinq est désormais constituée : Gabriel, Banks, Rutherford, Collins et Hackett.

Ce lineup enregistre Nursery Cryme en 1971. L’album marque un tournant dans l’écriture du groupe. Il installe la complicité musicale entre Collins et Hackett, bien avant que Collins ne passe derrière le micro.

Formation et débuts du groupe (1967-1969)

Année Événement fondateur Membres concernés
1963 Arrivée à Charterhouse School Banks et Gabriel
1964 Arrivée à Charterhouse School Rutherford
1965 Arrivée à Charterhouse School Phillips
1967 Formation du groupe Gabriel, Banks, Phillips, Rutherford, Stewart
1969 Premier concert live Formation initiale

Charterhouse School, berceau du groupe

Tout commence à Charterhouse School, un établissement situé à Godalming, dans le Surrey. Peter Gabriel et Tony Banks y arrivent en 1963, suivis par Mike Rutherford en 1964, puis Anthony Phillips en 1965. Ces amitiés scolaires posent les bases d’une complicité musicale qui allait durer des décennies.

Le groupe se forme véritablement en 1967. La formation fondatrice réunit Gabriel, Banks, Phillips, Rutherford et Chris Stewart. À ce stade, Genesis n’est encore qu’un projet d’adolescents doués, loin de l’ambition artistique des grandes heures progressives.

From Genesis to Revelation et premiers pas scéniques

Le travail acharné commence tôt : en 1969, le groupe répète jusqu’à 11 heures par jour. Cette même année marque la sortie de leur premier album, From Genesis to Revelation, enregistré sous la direction du producteur Jonathan King et édité par Decca.

Le premier concert live a lieu en septembre 1969, à l’occasion d’un anniversaire d’adolescent. Une petite scène informelle, mais un point de départ décisif qui lance la longue trajectoire du groupe vers les sommets du rock progressif.

Ère rock progressif et albums culte (1971-1974)

Foxtrot et Selling England by the Pound

  • Foxtrot (1972), enregistré aux Island Studios, impose Genesis sur la scène progressive.
  • Selling England by the Pound (1973), sommet mélodique du groupe, mêle humour anglais et fresques instrumentales.
  • Gabriel déguisé sur scène (fleur, mutant, vieillard) transforme chaque concert en théâtre.

Avec Foxtrot, Genesis franchit un cap artistique. Le morceau Supper’s Ready déploie près de vingt-trois minutes de musique et devient un rite pour les fans de rock progressif. Le public britannique commence à voir dans le groupe une alternative sérieuse aux ténors du genre.

Selling England by the Pound confirme cette trajectoire. Des titres comme Firth of Fifth ou The Cinema Show installent un équilibre entre virtuosité instrumentale et écriture pop. La production reste dense, mais chaque instrument y trouve sa place. C’est l’album qui fait basculer Genesis du statut de groupe culte à celui de formation majeure.

The Lamb Lies Down on Broadway et la tournée

Sorti en 1974, The Lamb Lies Down on Broadway est un double album conceptuel. Il raconte l’histoire de Rael, un jeune Portoricain en quête d’identité, dans un univers surréaliste. Gabriel en écrit seul la quasi-totalité des paroles, ce qui alimente sa sensation d’être « à part » au sein du groupe.

La Lamb Tour, qui s’étend de la fin 1974 au printemps 1975, pousse la dimension théâtrale à son paroxysme. Trois écrans projetés, costumes multiples, maquillage : Gabriel se mue en personnage plus qu’en chanteur. Lors d’un concert à Toronto en octobre 1974, il évoque publiquement son intention de quitter la formation.

Relation entre Gabriel et Collins

Contrairement aux idées reçues, la relation entre Peter Gabriel et Phil Collins n’a jamais basculé dans la rivalité. Après le départ de Gabriel, les deux hommes ont continué à se soutenir. Le 2 octobre 1982, Gabriel invite même Genesis à se produire lors du festival WOMAD. Un geste fort, preuve d’une estime intacte.

Pour prolonger la visite

L’esprit de collaboration qui unit Peter Gabriel et Phil Collins rappelle d’autres parcours marqués par les rencontres. Le saxophoniste Casey Benjamin a ainsi bâti sa carrière au sein du Robert Glasper Experiment, avant de collaborer avec Beyoncé. Autre trajectoire singulière, celle du batteur de jazz Bob Moses, pionnier du jazz fusion avec The Free Spirits, qui a ensuite formé un duo électronique.

La transition vocale de Genesis rappelle d’autres tournants musicaux. À l’international, Damian Marley trace sa route depuis 2001 et a été récompensé aux Grammy Awards, tout en perpétuant l’héritage familial aux côtés de ses frères.

Du côté français, l'aventure des L5 débute dans une émission de télé-réalité en 2001, avec un premier album écoulé à 50 000 exemplaires.

Leur respect mutuel s’est exprimé jusqu’au bout. Le 26 mars 2022, à Londres, Peter Gabriel assiste au dernier concert de Genesis. Un symbole pour les fans des deux eras. Ni jalousie ni rancune entre eux : Collins a souvent salué l’héritage de Gabriel, et Gabriel n’a jamais cherché à minimiser la période Collins.

Fait notable : Gabriel n’a jamais rejoué de titre de Genesis en solo, préférant tracer sa propre route. De son côté, Collins a porté le groupe pendant 25 ans avant son départ. Cette cohabitation à distance a préservé une amitié rare dans le rock progressif.