Qui a inventé la guitare : des ancêtres antiques à la guitare moderne
Aucun inventeur unique : la guitare résulte d’une évolution progressive depuis l’Antiquité.
- Bas-relief égyptien de 3703 av. J.-C., premier ancêtre connu.
- Luths antiques à caisse piriforme et cordes pincées.
- Terme kithara grec, puis kittàra arabe transmise.
- Antonio de Torres fixe les proportions en 1874.
- Guitare moresque et latine cohabitaient au XIIIe siècle.
Les origines antiques et les ancêtres de la guitare
Des cordophones antiques aux premiers instruments à manche
La guitare ne naît pas d’un seul geste technique : elle descend d’une famille de cordophones apparue bien avant notre ère. Les premières représentations connues remontent à un bas-relief égyptien daté de 3703 av. J.-C., qui montre un instrument incurvé, ancêtre lointain du luth. Ces pièces sont listées ci-dessous, avec les repères historiques essentiels.
- Bas-relief égyptien (3703 av. J.-C.) : instrument incurvé et caisse bombée, ancêtre probable du luth
- Bas-relief hittite (1000 av. J.-C.) : manche à touches en Cappadoce, première trace de cordes raccourcies à la main
- Luths en forme de larme : caisse piriforme, cordes pincées, variante commune dans l’Antiquité méditerranéenne
- Étymologie grecque kithara : ancêtre du mot guitare, repris ensuite par les langues orientales
- Arabe kittàra transmise : passerelle linguistique entre le monde grec et la péninsule ibérique
L’apparition du mot guitare au Moyen Âge central
Le mot « quitarre » est attesté au XIIIe siècle dans le Roman de la Rose, ce qui marque son entrée dans le vocabulaire français. Un manuscrit espagnol du XIIIe siècle montre d’ailleurs deux instruments distincts : la guitare moresque et la guitare latine, qui cohabitaient alors dans la péninsule ibérique. La forme actuelle, avec ses courbes en 8, se stabilise en Espagne par l’évolution conjointe de ces modèles et de la vihuela. Au siècle suivant, la mention de « guitare moresche » confirme l’ancrage du terme dans les répertoires savants et populaires.
L’invention de la guitare moderne au XIXe siècle

Antonio de Torres : l’homme derrière la guitare classique
- Naissance : Antonio de Torres voit le jour le 13 juin 1817 en Andalousie.
- Formation : il apprend la charpente dès l’âge de 12 ans.
- Mariage : il épouse Juana Maria Lopez en 1835, à 18 ans, elle en a 13.
- Décès : il meurt le 19 novembre 1892, laissant une œuvre fondatrice.
- Héritage : une guitare de 1882 est conservée à Séville.
Antonio de Torres n’a pas « inventé » la guitare à proprement parler, mais il lui a donné sa forme et ses dimensions définitives. Avant lui, les instruments étaient plus petits, plus étroits, avec une puissance sonore limitée. En 1874, il fixe les proportions qui définissent encore la guitare classique : caisse élargie, table plus fine, barrage en éventail. Ce travail de luthier, nourri par sa formation de charpentier, transforme radicalement le volume et la richesse du son.
Sa vie personnelle fut difficile : marié très jeune, il se sépare après la naissance de trois filles. C’est pourtant dans cette période qu’il développe ses guitares les plus abouties. Les modèles de 1882 et 1883 témoignent d’une maîtrise rare, aujourd’hui étudiée dans les musées.
La guitaromanie et le renouveau du XIXe siècle
Le XIXe siècle connaît une véritable guitaromanie : un engouement spectaculaire pour l’instrument, porté par les virtuoses et les salons parisiens. Des luthiers comme Pons, Lacote et Laprevotte perfectionnent alors les guitares à sept cordes, tandis que les modèles standard en comptent six. Cette effervescence prépare le terrain à la révolution Torres.
Grâce à ces innovations, l’accordage standard se stabilise sur les fréquences que nous connaissons : Mi1 à 82,4 Hz, La1 à 110,0 Hz, Ré2 à 146,8 Hz, Sol2 à 196,0 Hz, Si2 à 246,9 Hz et Mi3 à 329,6 Hz. La guitare moderne était née, prête à conquérir le monde.
Pour prolonger la visite
La guitare moderne n’a pas fini de faire parler d’elle : une sélection rock du moment montre comment elle reste au cœur des morceaux actuels, portée par des artistes comme Fontaines D. C. , U2 ou Weezer.
La guitare baroque, Renaissance et vihuela
| Instrument ou modèle | Période | Luthier ou lieu | Particularité notable |
|---|---|---|---|
| Vihuela de Mano | Fin XVIe siècle | Anonyme, Espagne | Instrument à cordes pincées emblématique |
| Guitare Jacob Stadler | Vers 1620 | Naples | Conservée dans un musée |
| Guitare Jacques Dumesnil | 1648 | Paris | Décor baroque raffiné |
| Guitare Voboam | 1708 | Famille Voboam, Paris | Dynastie de luthiers majeure |
| Guitare Lambert | Après 1758 | Paris | Luthier du XVIIIe siècle |
| Guitare Robert Bouchet | 1964 | France | Héritage classique revisité |
Vihuela et guitare Renaissance en Espagne
La vihuela de mano occupe une place centrale dans la musique espagnole de la fin du XVIe siècle. Ce cordophone à cordes pincées ressemble davantage au luth qu’à la guitare actuelle, avec une caisse en forme de poire et un manche étroit. Les compositeurs écrivent pour elle des pièces savantes, notamment le Poema harmónico de Francisco Guerau, publié en 1694, qui montre la virtuosité attendue de l’instrument. La vihuela coexiste avec des guitares plus modestes, à quatre ou cinq rangs de cordes, déjà populaires dans les milieux urbains.
Luthiers baroques et dynasties parisiennes
Le XVIIe siècle voit émerger de véritables dynasties de luthiers. À Paris, la famille Voboam domine la production, aux côtés de Sellas et Tielke. Une guitare Voboam de 1708, conservée dans un musée, illustre le raffinement des décors et la qualité des assemblages. On retrouve également des instruments de Jacob Stadler à Naples vers 1620, ou de Jacques Dumesnil à Paris en 1648.
Au XVIIIe siècle, les ateliers parisiens de Lambert, Saulnier, Renault & Chatelain prennent le relais. Les guitares gagnent en puissance et en précision, avec des cordes souvent organisées en cinq rangs. La Joueuse de guitare de Vermeer, peinte avant 1670, montre un instrument à dix cordes, preuve de la diversité des accords et des formats en usage.
De la guitare baroque à la guitare classique
La guitare baroque se distingue par sa caisse plus étroite, ses cordes en boyau et son répertoire ornementé. Au XIXe siècle, des luthiers comme Pons, Lacote et Laprevotte à Paris perfectionnent les mécaniques et la touche. Certaines guitares comptent 7 ou 8 cordes, au-delà du standard à six. Cette évolution prépare directement les dimensions et la forme fixées plus tard par Antonio de Torres, dont l’héritage sera repris au XXe siècle par des artisans comme Robert Bouchet avec sa guitare de 1964.
L’émergence de la guitare électrique
La guitare électrique naît au XXe siècle d’un problème simple : une guitare acoustique se fait difficilement entendre dans un orchestre de jazz. Les premières tentatives consistent à poser un micro sur une caisse existante. Le vrai tournant vient du manche vissé au corps, une innovation qui simplifie la fabrication et facilite les réparations.
Trois noms reviennent pour cette période : George Beauchamp, Leo Fender et Les Paul. Beauchamp travaille sur la captation du son, Fender impose la guitare à corps plein produite en série, et Les Paul donne son nom à un modèle devenu légendaire. Le rapport entre électrique et acoustique se compare souvent à celui du piano et de l’orgue : deux instruments distincts, pas une simple évolution.
Ces guitares restent des déclinaisons de la Torres, avec un manche, une touche et une longueur de corde proches. La différence tient au corps plein, aux micros et à l’amplification. La guitare électrique s’est aussi construite une image culturelle très marquée, longtemps associée à la masculinité et aux scènes rock.
Les premières guitares au Moyen Âge
La guitare médiévale n’est pas un instrument unique : les sources de l’époque décrivent plusieurs variantes qui cohabitent, se croisent et évoluent. C’est de cette diversité que naîtra, en Espagne, la forme qui mènera jusqu’à nos instruments actuels.
- Forme moderne née en Espagne : c’est là que se fixe progressivement la silhouette à caisse bombée.
- Guitare moresque au XIIIe siècle : un manuscrit espagnol la montre aux côtés de la guitare latine.
- « Guitare moresche » au XIVe siècle : l’expression apparaît pour désigner ces instruments à dos arrondi.
- « Guitarra morisca » : emprunt espagnol hérité de l’influence arabe sur la péninsule.
- La Joueuse de guitare de Vermeer, peinte avant 1670, montre un instrument à dix cordes.
Deux familles d’instruments en parallèle
Le manuscrit espagnol du XIIIe siècle est une pièce clé : il représente côte à côte la guitare moresque, à fond bombé et dos arrondi, et la guitare latine, à fond plat et caisse plus proche de ce que nous connaissons. Ces deux traditions vont fusionner au fil des siècles, la seconde finissant par s’imposer.
Le mot lui-même s’installe peu à peu dans la langue. Au XIIIe siècle, le terme « quitarre » est attesté dans le Roman de la Rose, signe que l’instrument circule déjà largement dans les cours et les villes européennes.
Une lente maturation vers la guitare classique
Au XIVe siècle, la mention de « guitare moresche » confirme que ces instruments à dos arrondi restent bien identifiés. La guitarra morisca, emprunt direct à l’arabe andalou, témoigne de l’ancrage profond de l’instrument dans la péninsule Ibérique.
Il faudra encore plusieurs siècles pour que la caisse, le manche et la rosace se stabilisent. Les instruments représentés par Vermeer avant 1670, avec leurs dix cordes, ne sont déjà plus tout à fait médiévaux : ils annoncent la guitare baroque qui prendra le relais.
