Histoire de la guitare : des ancêtres antiques à la guitare moderne

La guitare descend d’ancêtres antiques et prend sa forme moderne au XIXe siècle.

  • Har-Mose, plus ancienne guitare connue, environ 3 500 ans.
  • Le mot vient du grec kithara, via l’arabe kittàra.
  • « Quitarre » apparaît au XIIIe siècle dans le Roman de la Rose.
  • Antonio de Torres fixe les proportions de la guitare classique.
  • Son modèle de 1882 à Séville marque un tournant décisif.
  • L’accordage standard à 6 cordes s’impose alors.

Les origines de la guitare : des ancêtres antiques aux premières guitares

La guitare ne surgit pas du néant à la Renaissance. Son histoire plonge ses racines dans l’Antiquité, où des instruments à cordes pincées annoncent déjà sa silhouette. Comprendre ces origines aide à saisir pourquoi l’instrument a fini par adopter 6 cordes et une caisse en forme de huit.

Les ancêtres antiques de la guitare : Égypte, Mésopotamie et monde hittite

  • Bas-relief égyptien, 3703 av. J.-C. : caisse incurvée déjà visible
  • Har-Mose : plus ancienne « guitare » connue, 3 500 ans environ
  • Bas-relief hittite, 1000 av. J.-C. : manche doté de touches
  • Luths à manche long : le tambûr, ancêtre probable de l’instrument

De la kithara grecque au mot « quitarre » : l’étymologie et les premières attestations

Le mot « guitare » vient du grec kithara, transmis par l’arabe kittàra. Ce glissement linguistique explique bien des variantes. Le terme persan sih tar, qui signifie littéralement 3 cordes, rappelle aussi ce lien ancien. Certaines sources attribuent d’ailleurs à la guitare romaine 4 cordes seulement.

C’est au cours du XIIIe siècle que le mot « quitarre » apparaît par écrit dans le Roman de la Rose. Des enluminures d’un manuscrit espagnol du même siècle montrent deux variantes distinctes : la guitare moresque et la guitare latine. À cette époque, l’instrument garde une caisse étroite et un nombre de cordes variable.

L’apparition de la guitare moderne au XIXe siècle

histoire de la guitare

Antonio de Torres et la naissance de la guitare classique moderne

Si la guitare baroque avait déjà conquis les salons européens, c’est au luthier espagnol Antonio de Torres que l’on doit la forme quasi définitive de l’instrument. En agrandissant la caisse et en adoptant un plan de cordes plus long, il donne à la guitare une puissance sonore inédite. Son modèle de 1882, construit à Séville, fixe durablement les proportions de la guitare classique.

L’année suivante, en 1883, une guitare Torres est jouée pour Recuerdos de la Alhambra, pièce emblématique de Francisco Tárrega. Ce lien entre un instrument et un répertoire scelle la reconnaissance de la guitare classique. L’accordage standard à 6 cordes s’impose alors, du mi1 à 82,4 Hz au mi3 à 329,6 Hz, en passant par le la1 à 110,0 Hz et le ré2 à 146,8 Hz.

La guitaromanie et les virtuoses du XIXe siècle : Lacote, Coste et la guitare à sept cordes

  • Lacote : luthier parisien, construit une guitare à sept cordes
  • Coste : virtuose et conseiller, inspire ce modèle à sept cordes
  • Guitaromanie : renouveau d’intérêt pour l’instrument au XIXe siècle
  • Torres : ses déclinaisons marquent tout le XXe siècle

Cette guitaromanie touche toute l’Europe : les salons parisiens s’arrachent les instruments de Lacote, tandis que Coste conseille les luthiers et défend une guitare à sept cordes. Le legs de Torres irrigue ensuite les générations suivantes, qui déclinent sa formule jusqu’aux modèles modernes à 12 cases pour la classique.

Renaissance et baroque : vihuela, guiterne et guitare baroque

Instrument ou guitare Époque Lieu Particularité
Vihuela de mano XVIe siècle Espagne Instrument à cordes pincées, souvent anonyme
Guiterne Renaissance Europe Petite guitare à quatre cordes
Guitare baroque XVIIe siècle France, Italie Jusqu’à dix cordes, tableau de Vermeer
Guitare Jacques Dumesnil 1648 Paris Facture parisienne soignée
Guitare Voboam 1708 Paris Canon de la guitare baroque
Guitare Lambert Après 1758 France Transition vers la guitare classique

Entre la Renaissance et le baroque, la guitare prend des formes très variées. La vihuela de mano, née en Espagne au XVIe siècle, reste l’un des instruments les plus raffinés de cette période. On en conserve des exemplaires anonymes qui témoignent d’un savoir-faire déjà remarquable.

Une grande famille d’instruments à cordes pincées

La guiterne désigne une petite guitare à quatre cordes très répandue à la Renaissance. À ses côtés, la guitare baroque se distingue par un nombre de cordes plus élevé. On en voit une représentation célèbre avec dix cordes sur un tableau de Vermeer, peint avant 1670.

Les luthiers parisiens jouent un rôle central. La famille Voboam signe à Paris, du XVIIe au début du XVIIIe siècle, des instruments devenus des canons de la guitare baroque. Une guitare Voboam datée de 1708 est aujourd’hui conservée au Musée de la musique. On peut aussi citer une guitare Jacques Dumesnil réalisée à Paris en 1648.

À découvrir aussi

La famille des cordes pincées ne s’arrête pas à la guitare : le qanun, surnommé le « piano de l’Orient », est une cithare trapézoïdale à 78 cordes au son cristallin. Autre instrument à vent, le flageolet se distingue par sa perce tronconique et son répertoire des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Côté pratique, les power chords se jouent avec une forme unique déplaçable sur tout le manche.

Vers la guitare classique

Après 1758, la guitare Lambert illustre la transition progressive vers l’instrument que nous connaissons. Les cordes se raréfient, la caisse se rapproche de l’actuelle, et le répertoire s’adapte. On passe peu à peu d’un instrument de salon baroque à la future guitare classique.

L’ère de la guitare électrique et acoustique moderne

Au XXe siècle, la guitare se dédouble. D’un côté, la guitare acoustique reste fidèle au bois et aux cordes, avec la folk à cordes métalliques, un manche plus fin et 14 cases, face à la classique à cordes nylon et 12 cases. De l’autre, la guitare électrique transforme le rapport au son : on ne joue plus seulement la vibration de la caisse, mais un signal amplifié, un peu comme le piano face à l’orgue.

Dans le jazz, Django Reinhardt incarne cette période charnière. L’un des derniers instruments lui ayant appartenu rappelle combien la guitare acoustique a nourri les musiques populaires avant l’amplification. Les luthiers prolongent alors les formes héritées de Torres en déclinaisons acoustiques et électriques.

Chez les classiques, Robert Bouchet signe une guitare en 1964, jouée par le duo Presti-Lagoya, qui possédait deux guitares jumelles. Aujourd’hui, chaque corde garde sa fréquence de référence en accordage standard : 82,4 Hz pour le mi grave, jusqu’à 329,6 Hz pour le mi aigu.

Guitare folk, blues et diffusion américaine

La guitare traverse l’Atlantique et se transforme au contact des musiciens américains. Aux États-Unis, l’instrument change de voix : on recherche plus de puissance, plus de volume, pour se faire entendre dans les orchestres de danse et les clubs de blues. C’est de cette exigence que naît la guitare folk, avec ses cordes métalliques et son manche plus fin que celui de la guitare classique.

  • Cordes métalliques, manche fin : un son plus brillant et puissant que le nylon.
  • 14 cases sur le manche de la folk, contre 12 cases sur la guitare classique.
  • Dreadnought et Jumbo : deux grands modèles folk, aux caisses larges et sonores.
  • Frontières poreuses entre folk et électrique, jusqu’à partager la même touche.
  • Instrument le moins cher à produire, comparé au violon ou au piano.

Cette accessibilité explique en grande partie sa diffusion massive. Fabriquer une guitare coûte bien moins cher qu’un piano ou un violon, ce qui la met entre toutes les mains, des musiciens de rue aux futures stars du blues.

Le blues et la folk : deux voix américaines

Le blues naît dans le sud des États-Unis, porté par des guitaristes qui utilisent l’instrument comme une extension de la voix. Le jeu au bottleneck, les notes glissées, tout cela devient possible grâce aux cordes métalliques et au manche fin des guitares folk. Ces techniques marquent durablement l’histoire de l’instrument.

Les grands noms du blues et de la folk popularisent ensuite la guitare acoustique auprès du grand public. La frontière entre guitare folk et guitare électrique reste d’ailleurs poreuse : les deux partagent souvent la même touche, et de nombreux guitaristes passent de l’une à l’autre sans changer leur technique de main gauche. Cette souplesse fait de la guitare l’un des instruments les plus polyvalents de la musique moderne.

Les grands luthiers et maîtres de l’instrument

Les dynasties de luthiers européens du XVIIe au XIXe siècle

Derrière chaque grande guitare, il y a souvent une famille, un atelier, une lignée. Comprendre ces dynasties aide à saisir comment l’instrument a gagné en puissance et en finesse au fil des siècles.

  • Voboam, dynastie française : canons de la guitare baroque à Paris, dont une pièce de 1708 conservée au Musée de la musique.
  • Sellas, Italie XVIIe : luthier vénitien réputé pour ses incrustations raffinées et ses formes élégantes.
  • Tielke, Allemagne XVIIe : maître de Hambourg, célèbre pour le décor luxueux de ses instruments.
  • Pons, Lacote, Laprevotte, Paris XIXe : figures du renouveau, dont Lacote construisit la guitare à sept cordes jouée par Coste.

Ces ateliers posent les bases d’un savoir-faire transmis de génération en génération. Leurs instruments, dont certains modèles parisiens signés Jacques Dumesnil ou Lambert, montrent déjà le souci de la justesse et de la projection sonore.

Robert Bouchet et les maîtres du XXe siècle : le « cahier » et les guitares jumelles

Robert Bouchet occupe une place à part. Peintre de métier, il devient luthier par passion et consigne dans un « cahier » légendaire toutes ses mesures, ses essais et ses découvertes sur l’acoustique.

Sa guitare de 1964, à Paris, reste une référence absolue. Pour le duo Presti-Lagoya, il construisit même deux guitares jumelles, parfaitement accordées l’une à l’autre pour un jeu en duo sans la moindre différence de timbre.

Son héritage rappelle une idée simple : une grande guitare n’est pas qu’un objet, c’est la rencontre d’une main, d’une oreille et d’un bois bien choisi.